Comment le conflit entre les États-Unis et l'Iran pourrait-il prendre fin ? Trois experts donnent leur avis

Crédit photo, Anadolu via Getty Images
- Author, Alex Boyd
- Published
- Temps de lecture: 6 min
La perspective d'un accord imminent visant à mettre fin au conflit entre les États-Unis et l'Iran semble à nouveau peu probable, les parties belligérantes échangeant des frappes et tenant des discours intransigeants.
Ces attaques interviennent quelques jours après que les États-Unis ont annoncé qu'ils entraient dans une nouvelle phase : un blocus économique de grande envergure contre l'Iran et les pays qui commercent avec lui.
L'objectif des États-Unis était de contraindre l'Iran à négocier et à mettre fin à ses attaques contre le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Cette voie maritime commerciale essentielle est de fait fermée depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché le conflit en février.
Le protocole d'accord (MoU) signé en juin par les deux parties, qui devait déboucher sur un cessez-le-feu permanent et un accord dans un délai de 60 jours, a expiré.
Alors que le conflit entre dans son septième mois, nous avons demandé à trois experts de nous livrer leur analyse sur la façon dont il pourrait évoluer.
Les États-Unis espèrent que les pressions militaires et économiques affaibliront le pouvoir de négociation de l'Iran
Jason Campbell, chercheur principal au Middle East Institute, à Washington DC
Le problème, c'est que nous ne savons toujours pas avec certitude quels sont les objectifs stratégiques des États-Unis en Iran. La Maison Blanche ne cesse de réévaluer ce qu'elle est prête à accepter d'un point de vue politique.
On pensait que la composante militaire suffirait à remporter une victoire rapide, mais cela n'a pas eu l'effet escompté.
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Nous assistons aujourd'hui à la mise en œuvre de différents leviers – tant militaires qu'économiques – que les États-Unis tentent d'actionner.
À l'heure actuelle, l'administration semble se satisfaire d'une certaine forme de statu quo. Je pense qu'elle se contente de maintenir le blocus et d'autoriser des frappes ponctuelles visant à affaiblir la capacité de l'Iran à perturber la voie maritime dans le détroit.
Les responsables américains espèrent que ces nouvelles sanctions suffiront à contraindre le régime iranien à se présenter à la table des négociations dans une position d'affaiblissement.
Ces derniers jours, les forces américaines semblent avoir réussi à maintenir un débit suffisant dans le détroit d'Ormuz pour éviter un choc des prix du pétrole ou un effondrement économique mondial. Mais ce n'étaient pas là les objectifs des États-Unis lorsqu'ils ont déclenché la guerre.
J'ai le sentiment que l'Iran exigera probablement un prix élevé pour parvenir à un accord, ce qui risque de rester politiquement intenable pour l'administration Trump.
L'Iran attendra que les États-Unis fassent des concessions
Dr Aniseh Bassiri Tabrizi, chercheuse associée au sein du programme « Moyen-Orient et Afrique du Nord » de Chatham House, à Londres
Je ne pense pas que les dernières frappes modifient réellement les calculs de l'Iran concernant la guerre. Je pense que Téhéran se prépare à un resserrement accru de son économie et à la poursuite des attaques sporadiques auxquelles nous avons assisté ces deux derniers mois. Son intention sera de répondre à ces attaques de manière proportionnée afin d'éviter l'escalade vers un conflit plus vaste.
Sur le plan économique, cela risque évidemment de nuire à l'économie iranienne, qui a déjà été affectée par la guerre et qui souffrait de toute façon de problèmes structurels sous-jacents, comme nous l'ont montré les manifestations de décembre et janvier en Iran.
Mais je n'ai pas l'impression que le camp iranien ait le sentiment que ces pressions économiques vont modifier ses calculs dans un avenir proche, y compris en ce qui concerne d'éventuelles négociations.
Cela ne signifie pas pour autant que l'Iran ne cherche pas une issue, mais je pense que ce que nous observons, c'est qu'il attend que les États-Unis reviennent au protocole d'accord, ou qu'ils proposent au moins une forme de concession. Téhéran ne souhaite pas céder à la pression américaine ni modifier sa propre approche en réponse aux sanctions ou à de nouvelles attaques.
Les États-Unis savent ce qu'il faut faire : revenir à l'accord de cessez-le-feu
Nicholas Hopton, chercheur émérite en sécurité internationale au Royal United Services Institute (RUSI), un groupe de réflexion basé à Londres, et ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Iran
La récente recrudescence des actions militaires ne conduira pas à la capitulation de l'Iran : il ne s'agit là que d'un nouveau rebondissement. Les pressions économiques ont également peu de chances d'aboutir, car la Chine, la Russie et de nombreux autres pays qui entretiennent des relations commerciales avec l'Iran ne soutiendront pas les sanctions unilatérales américaines.
L'Iran peut continuer à perturber le détroit d'Ormuz : il tient l'économie mondiale à sa merci.
Quelle est la stratégie de sortie de la Maison Blanche ?
Eh bien, les États-Unis l'ont déjà trouvée. Si Trump parvenait à consacrer des efforts soutenus à la négociation de l'accord esquissé dans le protocole d'accord de juin, ce serait là la voie de sortie.
Non seulement un accord constituerait une sorte de victoire pour les États-Unis, car il affaiblirait les partisans de la ligne dure au sein de la République islamique, mais il rassurerait également tout le monde sur le fait que l'Iran ne se dotera pas de l'arme nucléaire.
Le protocole d'accord contient une solution miracle : la levée de toutes les sanctions américaines contre l'Iran.
À terme, cette levée affaiblirait le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Une nouvelle forme d'engagement économique entre le monde extérieur et l'Iran imposerait progressivement des changements politiques et sociaux radicaux – on se retrouverait ainsi avec un régime islamique, mais d'une nature très différente.
Bien sûr, cela ne serait pas simple à réaliser, en raison de la pénétration profonde du CGRI dans l'économie iranienne.
Mais cela devrait fonctionner, si l'on dispose de suffisamment de temps et si les États-Unis et leurs partenaires font preuve d'une patience stratégique qui, malheureusement, fait défaut à l'heure actuelle.
Pour l'instant, je pense que nous allons continuer à vivre une situation confuse et sans issue, qui est néfaste pour tout le monde.

























