Le top 10 des chefs d'Etat africains assassinés au pouvoir

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 13 min

Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Anouar el-Sadate, Melchior Ndadaye... La liste des dirigeants africains, chefs d'État ou de gouvernement, tombés sous les balles alors qu'ils étaient au pouvoir est longue. Certains de ces assassinats ont dépassé le cadre d'une simple lutte politique interne pour le contrôle du pouvoir. Ils ont parfois été le résultat de conspirations complexes, impliquant des acteurs nationaux et étrangers.

Dans cet article, BBC News Afrique revient sur dix assassinats politiques parmi les plus marquants de l'histoire du continent africain.

1- Patrice Lumumba, 17 janvier 1961 (RD Congo)

S'il est un assassinat politique qui a profondément marqué l'histoire de l'Afrique, c'est bien celui de Patrice Lumumba, en 1961, au Congo.

Nommé Premier ministre après la victoire de son parti, le Mouvement national congolais (MNC), aux élections de mai 1960, Lumumba s'illustre quelques semaines plus tard, le 30 juin 1960, lors de la proclamation de l'indépendance du Congo.

Ce jour-là, il répond avec fermeté au roi Baudouin de Belgique, qui venait de saluer l'œuvre coloniale de son ancêtre Léopold II.

« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir parce que nous étions des nègres », déclare-t-il.

Ce discours, perçu comme une dénonciation frontale du colonialisme belge, provoque de vives tensions avec l'ancienne puissance coloniale.

À la tête du nouvel État indépendant, Lumumba est également accusé par ses adversaires de vouloir rapprocher le Congo du bloc soviétique, en pleine guerre froide, ce qui inquiète les puissances occidentales, notamment les États-Unis.

Sur le plan intérieur, le pays est secoué par de graves troubles politiques, notamment avec la sécession du Katanga. Les dirigeants de ce mouvement sont farouchement opposés à Lumumba. Le 5 septembre 1960, le président congolais Joseph Kasa-Vubu décide de le révoquer de ses fonctions de Premier ministre.

Placée en résidence surveillée, Lumumba parvient à s'échapper et tente de rejoindre son bastion politique de Stanleyville. Il est cependant capturé par les forces de Mobutu et remis aux autorités katangaises.

Le 17 janvier 1961, il est torturé puis exécuté par balle. Son corps est ensuite dissous dans de l'acide afin d'effacer toute trace. Pendant des décennies, seule une dent conservée par un policier belge ayant participé à la destruction du corps subsiste. Elle sera finalement restituée à sa famille et à la République démocratique du Congo plusieurs années plus tard.

La Belgique et les États-Unis, notamment à travers la CIA, ont longtemps été mis en cause dans cet assassinat.

2- Sylvanus Olympio, 13 janvier 1963 (Togo)

Sylvanus Olympio est considéré comme le père de l'indépendance du Togo. Avant d'accéder à la magistrature suprême, il a occupé plusieurs fonctions ministérielles puis celle de Premier ministre à partir de 1958. À l'indépendance du pays, proclamée le 27 avril 1960, il devient le premier président de la République togolaise.

À la tête de l'État, il est critiqué par ses opposants, qui l'accusent de gouverner de manière autoritaire. Il est également présenté par certains observateurs comme désireux de prendre ses distances avec la France. Des témoignages lui prêtent notamment l'ambition de créer une monnaie nationale et de s'affranchir du franc CFA.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, un groupe de militaires prend d'assaut les centres du pouvoir. Sylvanus Olympio tente alors de trouver refuge à l'ambassade des États-Unis, située à proximité de la présidence. Repéré puis arrêté par les mutins, il est abattu le 13 janvier 1963.

Après son assassinat, Nicolas Grunitzky, opposant politique et beau-frère du président défunt, rentre d'exil et accède à la présidence. Son mandat est toutefois de courte durée.

En 1967, il est renversé par un coup d'État mené par Gnassingbé Eyadéma, qui a longtemps été présenté comme l'auteur du tir ayant coûté la vie à Sylvanus Olympio, avant de nuancer cette version.

Gnassingbé Eyadéma dirigera le Togo pendant près de 38 ans, jusqu'à son décès en février 2005. Depuis cette date, son fils, Faure Gnassingbé, est à la tête du pays.

3- Murtala Mohammed, 13 janvier 1976 (Nigéria)

Son cas est rarement connu du grand public. Le général Murtala Mohammed était un ancien chef d'État militaire du Nigeria.

Officier de l'armée nigériane et quatrième chef d'État du Nigeria, il a dirigé le contre-coup d'État de 1966 qui a renversé le régime militaire de Johnson Aguiyi-Ironsi. Il a également joué un rôle de premier plan durant la guerre civile nigériane avant de prendre la tête du pays le 29 juillet 1975.

Le 13 février 1976, alors qu'il se rendait à son bureau dans une caserne militaire de Lagos, Murtala Mohammed a été tué lors d'une embuscade menée par le colonel Buka Suka Dimka, qui tentait un coup d'État finalement avorté.

L'aéroport international de Lagos porte aujourd'hui son nom. Une stèle a également été érigée à l'endroit où il a été assassiné. Toutefois, de nombreux habitants de Lagos qui passent devant ce monument connaissent peu l'histoire de sa mort.

4- Anouar El-Sadate, 6 octobre 1981 (Egypte)

Son assassinat avait entrainé des manifestations de joie dans certaines capitales arabes.

Premier dirigeant arabe à s'être rendu en Israël et à avoir prononcé un discours devant la Knesset, le Parlement israélien, Anouar el-Sadate est également l'homme qui a conduit l'Égypte lors de la guerre du Kippour de 1973, au cours de laquelle les forces égyptiennes ont lancé une contre-offensive contre les troupes israéliennes occupant le Sinaï depuis la guerre des Six Jours de 1967.

C'est aussi lui qui a signé les accords de Camp David en 1978, ouvrant la voie à la paix entre l'Égypte et Israël.

Le 6 octobre 1981, Anouar el-Sadate est tué lors d'un défilé militaire. Ce jour-là, un groupe de militaires descend d'un camion au milieu de la parade, lance des grenades pour semer la confusion avant d'ouvrir le feu en direction de la tribune officielle.

Grièvement blessé, le président est transporté à l'hôpital, où il succombe à ses blessures deux heures plus tard.

Les Frères musulmans, dont l'une des figures, Omar Abdel Rahman, avait lancé une fatwa appelant à l'assassinat du président pour avoir, selon ses détracteurs, trahi la cause arabe et palestinienne en signant un accord de paix séparé avec Israël, ont été accusés d'être impliqués dans l'attentat.

Mais Sadate comptait également de nombreux ennemis. En septembre 1981, quelques semaines avant son assassinat, il avait lancé une vaste campagne de répression visant des opposants politiques, des communistes, des islamistes, des membres des Frères musulmans ainsi que plusieurs intellectuels.

5- Thomas Sankara, 15 octobre 1987 (Burkina Faso)

Tout comme Lumumba, Thomas Sankara était un leader nationaliste, panafricaniste et anti-impérialiste populaire au Burkina Faso et en Afrique francophone.

Arrivé au pouvoir en 1983, il a été assassiné le 15 octobre 1987.

Selon la chronologie des faits établie par le parquet burkinabé lors du procès des auteurs de ce coup d'Etat sanglant (Octobre 2021-Avril 2022), Thomas Sankara se rendait au Conseil de l'Entente, le siège du Conseil national de la révolution vers 16 h 20, le 15 octobre 1987.

Lorsqu'il est entré dans la salle de réunion, ''ses bourreaux étaient déjà là'' indique le parquet. Le commando chargé de l'exécuter a abattu ses gardes du corps, puis a ''scindé en deux groupes'' les hommes qui étaient sur les lieux. Il ''a ensuite ordonné au président Sankara et à ses collaborateurs de sortir de la salle. Ils seront tour à tour abattus''.

Le monde apprendra le coup d'Etat le même jour et découvrira que celui qui est derrière cet acte, n'est autre que ''l'ami et frère''' de Thomas Sankara, Blaise Compaoré, en l'occurrence.

La mort du père de la révolution burkinabé a changé la trajectoire politique et économique du pays de fait. Cependant elle laissé son nom gravé à jamais dans l'histoire de l'Afrique.

Aujourd'hui encore, Thomas Sankara est célébré par une grande partie de la jeunesse africaine qui se reconnaît dans son combat contre l'impérialisme occidental.

6- Mohamed Boudiaf, 29 juin1992 (Algérie)

Mohamed Boudiaf, était l'ancien président du Haut Comité d'État d'Algérie, un gouvernement de transition. Il avait pris les rênes du pouvoir en janvier 1992, à la suite de l'interruption par l'armée du processus électoral dans le pays.

En effet, lors du premier tour des législatives pluralistes organisées en Algérie en décembre 1991, le Front islamique du Salut (FIS), un parti islamiste avait largement dominé les autres anciennes formations politiques du pays.

Devant une victoire quasi certaine des islamistes au second tour, prévu le 16 janvier 1992, l'armée interrompt le processus électoral et met en place un gouvernement de transition (deux ans) pour conduire le pays et éviter qu'il tombe entre les mains des islamistes.

Mohamed Boudiaf accepte et reçoit des pouvoirs provisoires pour diriger le régime de transition le 16 janvier 1992.

Quelques mois plus tard, il effectue une visite à Annaba où il doit prononcer un important discours. Devant les caméras de la télévision, son allocution est interrompue par une grenade puis par des coups de feu.

Un sous-lieutenant qualifié ''d'islamiste'' tire au pistolet-mitrailleur sur le président. Le tireur est immédiatement arrêté. Il ne dira rien sur ses motivations et ses éventuels commanditaires. Quant à Mohamed Boudiaf, il ne survivra pas à l'attaque.

7- Melchior Ndadaye, 21 octobre 1993 (Burundi)

Ancien président du Burundi, Melchior Ndadaye a passé au total 102 jours à la tête du pays en tant que président de la République.

En juillet 1993, il est devenu le premier président démocratiquement élu du Burundi avec plus de 64 % des suffrages. Son principal adversaire, le président sortant Pierre Buyoya, avait obtenu 32,47 % des voix.

Quelques heures avant son assassinat, le 21 octobre 1993, des rumeurs de coup d'état avaient circulé dans Bujumbura jusqu'à parvenir aux oreilles des hommes du président qui ont cherché à vérifier en vain l'authenticité des informations.

En effet, le 20 octobre 1993, le chef du renseignement de la gendarmerie informe ses supérieur sur la tension perceptible à Bujumbura. Les rumeurs d'un coup d'État sont de plus en plus persistantes.

Dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993, des unités de l'armée lancent le putsch et encerclent le palais présidentiel à Bujumbura. Melchior Ndadaye, sa famille et quelques fidèles sont exfiltrés par sa sécurité et emmenés dans un camp militaire.

Ils seront traqués par les militaires putschistes qui réussiront à les débusquer avant d'exécuter sauvagement le ''martyr de la démocratie'' avec plusieurs de ses proches collaborateurs au cours de la journée du 21 octobre.

8- Ibrahim Baré Maïnassara, 9 avril 1999 (Niger)

Le 9 avril 1999, le président nigérien Ibrahim Baré Maïnassara est abattu par balles. Plus de deux décennies plus tard, les circonstances exactes de son assassinat demeurent floues.

Ce que l'on sait avec certitude, c'est que les tirs mortels provenaient d'éléments de sa garde présidentielle. Celle-ci était alors commandée par Daouda Mallam Wanké, qui prendra le pouvoir à la suite du coup d'État.

Selon certaines versions, le président Maïnassara aurait été pris dans une embuscade et tué par des soldats mutins alors qu'il tentait de quitter le pays.

Les autorités militaires ont présenté sa mort comme un « malheureux accident ».

Réagissant à un rapport d'Amnesty International mettant en cause les circonstances de l'assassinat du président, Daouda Mallam Wanké, alors chef de la junte, avait affirmé que les militaires avaient eu l'intention « non pas de tuer, mais d'arrêter le président Baré ».

Daouda Mallam Wanké est décédé en 2004, après avoir fait adopter, durant son passage au pouvoir, une amnistie en faveur des auteurs du coup d'État.

9- Laurent Désiré Kabila RDC, 16 janvier 2001

Le tombeur de Mobutu Sese Seko a été assassiné le 16 janvier 2001. Jusqu'à aujourd'hui, de nombreuses zones d'ombre entourent sa mort.

Il est toutefois établi que Laurent-Désiré Kabila a été abattu dans son bureau du palais présidentiel par un membre de sa garde rapprochée.

Le tireur, Rachidi Mizele, était un ancien enfant soldat enrôlé au sein de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), le mouvement rebelle qui avait porté Kabila au pouvoir après son offensive victorieuse sur Kinshasa.

Rachidi Mizele a ensuite été tué par Eddy Kapend, un colonel proche du président.

Alors que les rumeurs sur la mort de Kabila se multipliaient, les autorités ont tenté d'entretenir le flou avant d'annoncer officiellement, le 18 janvier, le décès du « Mzee » (« le Sage »).

Une commission d'enquête internationale a conclu à l'existence d'un complot impliquant des États voisins de la RDC ainsi que des proches de l'ancien chef rebelle qui avait mis fin au règne de plusieurs décennies de Mobutu Sese Seko.

Des dizaines de personnes ont été reconnues coupables de participation à ce complot lors d'un procès qui est loin d'avoir dissipé toutes les interrogations entourant cet assassinat politique.

10- Joao Bernardo ''Nino'' Vieira, 2 mars 2009 (Guinée Bissau)

João Bernardo « Nino » Vieira, âgé de 69 ans au moment des faits, était le président en exercice de la Guinée-Bissau. Ancien guérillero, il avait joué un rôle majeur dans la lutte pour l'indépendance du pays et occupé la présidence de manière intermittente pendant près de 23 ans.

Renversé par un coup d'État en 1998, il s'était exilé au Portugal jusqu'en 2005. Il était ensuite revenu au pouvoir après la destitution de son successeur, Kumba Yala, élu démocratiquement puis renversé par un coup d'État.

La situation politique du pays était alors marquée par une profonde rivalité entre le président Vieira et le chef d'état-major des armées, le général Batista Tagme Na Waie, sur fond de lutte contre les cartels de la drogue qui utilisaient la Guinée-Bissau comme pays de transit.

Le 1er mars 2009, le général Batista Tagme Na Waie trouve la mort dans l'explosion d'une bombe au quartier général de l'armée.

Quelques heures plus tard, des soldats fidèles au chef d'état-major attaquent la résidence présidentielle aux premières heures du 2 mars.

Nino Vieira, qui était resté sur place tandis que son épouse et ses enfants s'étaient réfugiés à l'ambassade d'Angola, est agressé à coups de machette avant d'être abattu par ses assaillants.

L'armée a par la suite attribué son assassinat à un groupe de militaires agissant de manière isolée.