« On m'a refusé un emploi parce que je suis une femme »

Published
Temps de lecture: 8 min

Monica Maduhu Makindi, une conductrice de poids lourds de 27 ans originaire de Bariadi, dans la région de Simiyu en Tanzanie, raconte s'être vu refuser des opportunités d'emploi simplement parce qu'elle est une femme.

Malgré ces obstacles, elle a persévéré dans le transport routier longue distance — un métier qui lui permet d'être autonome, d'élever ses deux enfants et de financer les études de son frère cadet.

« C'est terrible de se dire qu'après s'être battue, avoir suivi une formation et fait des efforts acharnés pour obtenir son permis, on s'entende répondre : "Nous n'embauchons pas de femmes" », confie Monica.

Depuis plusieurs années, Monica conduit des poids lourds, transportant des marchandises sur de longues distances, y compris au-delà des frontières. Elle explique que sa passion pour ce métier est née lorsqu'elle a vu des hommes conduire des camions et qu'elle s'est demandé pourquoi elle ne pourrait pas en faire autant.

« Si des hommes peuvent les conduire, pourquoi pas moi ? » se souvient-elle s'être interrogée.

Monica a commencé à conduire des camions en 2021, mais son parcours vers cette profession a débuté bien plus tôt, durant sa jeunesse, après avoir traversé diverses épreuves.

Née et élevée à Bariadi, elle a été prise en charge par sa grand-mère après le décès de sa mère. Confrontée à des conditions de vie difficiles, elle a quitté le foyer familial vers l'âge de 14 ans, cherchant un moyen de subvenir à ses besoins.

Elle a fini par rejoindre Dar es Salaam, où elle a travaillé comme employée de maison, tout en se sentant de plus en plus attirée par l'univers du transport routier. Elle raconte qu'en voyageant en tant que passagère dans des camions, elle observait les hommes exercer ce métier et a commencé à aspirer, elle aussi, à devenir conductrice. Le fait de croiser une femme au volant d'un camion l'a davantage motivée, renforçant sa conviction que les femmes, elles aussi, en sont capables.

« Cela a vraiment allumé une étincelle en moi : si elle pouvait le faire, pourquoi pas moi ? Qu'est-ce qui me manque ? » dit-elle.

Plus tard, elle a rencontré des chauffeurs qui lui ont appris à manœuvrer des poids lourds. Parmi eux, John, à qui elle attribue le mérite de l'avoir aidée à acquérir ses compétences de conductrice.

Lutter contre la discrimination

Bien qu'elle ait de l'expérience dans la conduite de camions, Monica affirme qu'il existe encore des entreprises qui ne sont pas disposées à embaucher des femmes pour ce poste.

Elle se souvient s'être rendue dans certaines entreprises pour chercher du travail et s'être entendu dire sans détour qu'elles n'embauchaient pas de femmes.

« On m'a catégoriquement refusé des emplois, on me dit simplement : "Non, nous n'embauchons pas de femmes" », explique-t-elle.

Elle ajoute que les gens doutent parfois de ses capacités en raison de sa corpulence ou de son apparence juvénile, sans même tenir compte de son expérience.

Certaines personnes qui la voient sur les réseaux sociaux lui demandent si c'est vraiment elle qui conduit les camions avec lesquels elle pose.

« "C'est vraiment toi qui conduis ce camion, ou tu poses juste pour les photos ?" », explique-t-elle, évoquant une question qui lui est souvent posée.

Elle estime toutefois que les mentalités à l'égard des femmes occupant des postes traditionnellement réservés aux hommes commencent à évoluer.

« Les choses changent aujourd'hui, car autrefois, on pensait que nous, les femmes, n'en étions pas capables », explique-t-elle.

Même les femmes doutaient de ses capacités

Monica explique que, parfois, ce sont même ses consœurs qui ont émis des doutes quant à sa capacité à conduire un camion.

Elle se souvient d'un incident survenu alors qu'elle roulait de nuit dans la région d'Igunga, dans la région de Tabora. Elle a croisé trois femmes qui se tenaient au bord de la route avec un enfant et a décidé de les prendre à bord.

Elle explique qu'en temps normal, elle n'aime pas prendre de passagers lorsqu'elle est seule, pour des raisons de sécurité. Cependant, ce jour-là, elle était accompagnée de son assistante, ce qui l'a rassurée et l'a incitée à venir en aide à ces femmes.

Mais lorsqu'une des femmes a appris que le conducteur du camion était une femme, elle a refusé de monter.

« Quand l'une d'elles a vu ça, elle a dit : "Eh, eh, je ne monte pas… c'est une femme, je ne monte pas", et elles ont toutes refusé de monter dans le véhicule », raconte Monica.

Cet incident l'a blessée, d'autant plus que son intention était d'aider ces femmes qui se retrouvaient bloquées sur la route en pleine nuit.

« Tu t'arrêtes pour proposer ton aide, quelqu'un refuse, tu ne demandes même pas d'argent, et la raison, c'est que tu es une femme », dit-elle.

Monica explique que cet incident l'a laissée désolée, se demandant pourquoi certaines personnes continuent de croire qu'une femme ne peut pas conduire un gros camion en toute sécurité.

Malgré ces préjugés, elle continue d'exercer son métier et est convaincue que les femmes sont tout aussi capables que les hommes d'exercer le métier de conductrice de poids lourd.

Le premier voyage qui lui a donné confiance

Monica se souvient de son premier trajet pour transporter des marchandises vers la République démocratique du Congo (RDC) — une expérience marquée par la peur et de nombreux défis.

Elle raconte qu'on lui avait confié un camion chargé de conteneurs remplis de marchandises d'occasion, alors qu'elle ne maîtrisait pas encore parfaitement le système d'embrayage du véhicule.

« J'ai tremblé tout au long du trajet », se remémore-t-elle.

Ne connaissant pas l'itinéraire, elle a demandé à d'autres chauffeurs qui se rendaient dans la même direction de faire la route avec elle. Ils l'ont aidée à atteindre sa destination et, au fil du voyage, elle a acquis de l'expérience et a pris confiance en elle.

Aujourd'hui, elle considère que son métier est essentiel, car il lui a permis de prendre sa vie en main et d'assumer ses responsabilités familiales.

« J'aime énormément mon travail ; il me donne la force de voler de mes propres ailes, et Dieu est tout pour moi », confie-t-elle.

Entre les voyages et l'éducation des enfants

Outre les défis liés à son métier, Monica doit également concilier ses responsabilités de conductrice avec l'éducation de ses deux enfants.

Elle explique que ses déplacements peuvent l'éloigner de sa famille pendant quatre à cinq jours, voire parfois jusqu'à une semaine.

À son retour à la maison, elle essaie de passer du temps avec ses enfants, de jouer avec eux et de profiter des moments passés loin d'eux.

« Quand je suis à la maison, vous savez, avec les enfants… on joue avec eux. Les enfants sont très heureux », dit-elle.

Monica explique que son travail lui a également permis de financer les études de son plus jeune frère, qui prépare actuellement un diplôme à Shinyanga, ainsi que de subvenir aux besoins et à l'éducation de ses propres enfants.

« Je suis très fière parce que je finance les études de mon petit frère ; il prépare actuellement un diplôme à Shinyanga. Je finance moi-même ses études. Je ne reçois l'aide de personne », explique-t-elle.

Appel en faveur de la sécurité et de l'environnement de travail

Monica explique que l'une des difficultés auxquelles sont confrontées les conductrices est de devoir attendre longtemps dans les files de camions, en particulier aux frontières du pays.

Elle précise que ces files d'attente peuvent durer plusieurs jours, ce qui complique encore davantage la recherche d'endroits où se laver et accéder à d'autres services essentiels.

« Je demande à notre gouvernement tanzanien de nous aider ; les femmes ne devraient pas avoir à faire la queue… car on peut y passer jusqu'à deux jours. En tant que femme, c'est une épreuve », explique-t-elle.

Elle se souvient également d'un incident au cours duquel son camion est tombé en panne de nuit dans la région de Vwawa, dans la région de Mbeya. Elle raconte que des jeunes hommes l'ont suivie et menacée, ce qui l'a poussée à appeler un ami pour qu'il reste avec elle jusqu'à ce que la voiture soit réparée.

Cet incident lui a fait prendre conscience de l'importance des mesures de sécurité pour les conducteurs, en particulier lorsqu'ils se retrouvent seuls sur la route.

D'un autre côté, elle estime que la société devrait reconnaître la contribution des chauffeurs au transport des marchandises et de divers produits de première nécessité, tandis que les employeurs devraient veiller à ce que les salaires et les indemnités de déplacement soient à la hauteur de leurs responsabilités.

« Conduire est un très bon métier, et c'est très lucratif, si on s'y prend bien », dit-elle.

Aux jeunes qui aspirent à intégrer ce secteur, Monica adresse un message : ne pas baisser les bras face aux difficultés ou aux critiques.

« On peut y arriver, oui. Tout le monde peut y arriver, si on s'en donne les moyens », affirme-t-elle.

Pour Monica, être conductrice de poids lourd n'est pas seulement un métier, mais un moyen d'être indépendante, de subvenir aux besoins de sa famille et de montrer que la capacité à travailler ne doit pas être déterminée par le genre.