Vous visualisez une version texte de ce site web qui utilise moins de données. Voir la version principale du site, avec toutes les images et vidéos.
Accident ferroviaire en Espagne : quelle pourrait être la cause de la collision ?
- Author, Guillermo D. Olmo
- Role, BBC News Mundo
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Un nouvel accident sur le réseau ferroviaire à grande vitesse bouleverse les Espagnols.
Au moins 69 personnes ont trouvé la mort et des dizaines d'autres ont été blessées lors de la collision entre deux trains à grande vitesse qui circulaient sur la ligne Madrid-Séville, à hauteur de la localité d'Urda, à environ 120 km de la capitale espagnole.
Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a indiqué que le système automatisé de gestion du trafic ferroviaire avait connu une défaillance, ce qui a entraîné l'arrêt immédiat de tous les trains dans la zone.
C'est depuis le centre de contrôle du trafic situé à la gare d'Atocha, à Madrid, qu'a été prise la décision « inexplicable » d'autoriser la reprise de la marche de l'un d'entre eux, qui a fini par entrer en collision avec un autre train qui était toujours à l'arrêt sur la voie, a ajouté M. Puente.
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a promis depuis le lieu de la collision de « faire la lumière sur ce qui s'est passé » et de déterminer s'il y a eu « des négligences et des défaillances ». M. Sánchez a déclaré qu'il était « inacceptable » que le pays subisse deux accidents graves impliquant ses trains à grande vitesse en moins d'un an.
Lors d'un autre accident survenu sur cette même ligne à grande vitesse le 18 janvier dernier, 46 personnes ont trouvé la mort et près de 300 ont été blessées.
Son rival, le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a déclaré que « l'Espagne a le droit de savoir ce qui se passe avec ses infrastructures, dans quel état se trouvent les voies et les systèmes de sécurité, quelles alertes ont été reçues depuis Adamuz et quelles mesures ont été prises ».
Dans un communiqué, le syndicat des cheminots a qualifié de « prématuré » et « irresponsable » le fait de pointer du doigt une « erreur humaine » comme cause de la collision sans attendre la fin de l'enquête.
Voici ce que l'on sait à ce jour.
Quelles ont été les défaillances, selon le gouvernement ?
Cette tragédie, la deuxième de grande ampleur en moins d'un an sur le réseau, a remis en question la sécurité des trains à grande vitesse en Espagne ainsi que la gestion du gouvernement de Pedro Sánchez.
Le ministre des Transports s'est exprimé depuis la gare, plus précisément depuis le centre de contrôle de l'Administrateur des infrastructures ferroviaires (ADIF) situé à la gare d'Atocha à Madrid, afin de faire le point sur les « faits constatés » à ce jour.
Selon M. Puente, le système automatisé appelé LZB, qui gère le trafic ferroviaire dans la zone, a cessé de fonctionner à 8 h 30, heure locale, en raison d'« une défaillance de communication entre les ordinateurs du réseau », ce qui a provoqué l'arrêt automatique des trains circulant sur le tronçon concerné, parmi lesquels figuraient les deux trains qui ont fini par entrer en collision.
Le système étant hors service, le centre de contrôle d'Atocha a pris le commandement du tronçon concerné, d'environ 69 km, et vers 8 h 36, il a autorisé le train de la Renfe à reprendre sa marche « normalement ».
Le ministre a qualifié cette décision d'« inexplicable » et a souligné que « conformément tant à la réglementation qu'aux protocoles de l'ADIF, le train ne pouvait pas reprendre sa marche normalement, car la voie était occupée par le train Iryo immobilisé à l'entrée de la gare, et qu'un signal rouge empêchait la reprise de la marche ».
Selon M. Puente, si le train devait reprendre sa marche, il devait en tout état de cause le faire selon ce qu'on appelle la « conduite à vue », c'est-à-dire à une vitesse « très réduite », toujours inférieure à 40 km/h, permettant au conducteur de l'arrêter à temps s'il détectait « toute circonstance » sur la voie.
M. Puente a rapporté que, d'après les enregistrements qu'il avait écoutés au centre de contrôle, un autre train avait également été autorisé « à tort » à reprendre sa marche sans restriction et que c'était le conducteur qui avait corrigé le contrôleur en lui indiquant qu'il fallait rouler à vitesse réduite.
Le ministre a souligné que la panne informatique qui a mis le système LZB hors service « peut arriver ».
« Ce n'est pas quelque chose qui arrive tous les jours, mais cela arrive, et c'est d'ailleurs pour cela que des mesures sont prévues dans la réglementation. »
Le ministre a précisé que le système LZB est en service depuis l'ouverture de la ligne en 1992 et qu'il est en cours de remplacement par un système plus moderne, connu sous le nom d'ERMT, mais il a défendu le fait que « son efficacité est largement éprouvée ».
Les détails de l'accident
L'accident s'est produit à environ 140 km au sud de Madrid, aux abords de la localité d'Urda, dans la province de Tolède, vers 8 h 54, heure locale.
Un train de la compagnie publique Renfe, qui avait quitté Madrid à destination de Séville, a percuté par l'arrière un train de la compagnie Iryo qui effectuait le même trajet et se trouvait à l'arrêt sur la voie.
La vitesse à laquelle roulait le convoi de la Renfe n'a pas été précisée, mais sur le tronçon où l'accident s'est produit, les trains peuvent atteindre 200 km/h dans des conditions normales, selon les informations fournies par le ministre Puente.
Sous l'effet du choc, des scènes qualifiées de « chaos » par des passagers cités dans les médias locaux se sont produites, et plusieurs wagons ont dévalé le talus adjacent à la voie.
« Les gens ont commencé à sortir, certains pleuraient, on voyait partout des corps sans vie sous les trains », a déclaré Eduarda, une étudiante de 17 ans qui voyageait dans l'un des trains, dans des propos rapportés par la Cadena Ser.
La zone s'est remplie d'ambulances et d'équipes d'urgence envoyées depuis Madrid et Tolède. Le gouvernement espagnol a également dépêché des membres de l'Unité militaire d'urgence (UME).
Selon un porte-parole des services d'urgence du gouvernement régional de Castille-La Manche, le train de la Renfe transportait 393 passagers et celui de l'Iryo 147, dont un bébé.
*Avec des informations complémentaires fournies par Alicia Hernández et Norberto Paredes.