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Félix Tshisekedi lance un dialogue national, voici ce qui va changer
- Author, Pamela Amunazo
- Role, BBC News Afrique
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Le président congolais Félix Tshisekedi a annoncé jeudi 27 août, dans une adresse à la nation, la tenue d'un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État », une initiative présentée comme une réponse aux crises sécuritaires, politiques et sociales qui secouent la République démocratique du Congo depuis plusieurs années.
Dans cette adresse attendue depuis plusieurs semaines, le président congolais a dévoilé les contours d'un processus qu'il veut différent des précédents dialogues politiques organisés dans le pays.
« Ce Dialogue national se distinguera d'abord par son ancrage territorial : il ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président congolais affirme vouloir bâtir un dialogue « conçu par les Congolais et pour les Congolais », destiné à identifier les causes profondes des crises récurrentes qui fragilisent le pays.
Mais si l'annonce a été saluée par certains acteurs de la société civile, plusieurs figures de l'opposition ont rapidement exprimé leurs réserves, jugeant le format proposé insuffisant ou inadapté au contexte actuel.
Un dialogue qui doit partir des provinces
Selon les explications fournies par le président, le processus s'ouvrira par une série de consultations dans les 26 provinces du pays avant la tenue d'assises nationales à Kinshasa.
Des forums provinciaux réuniront notamment les élus nationaux et provinciaux, les partis de la majorité et de l'opposition, les représentants de la société civile, les chefs coutumiers, les confessions religieuses ainsi que les acteurs économiques, universitaires et scientifiques.
L'objectif est de permettre à chaque province d'établir son propre diagnostic.
« Chaque province établira, en toute franchise, son propre diagnostic : les causes de l'insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités, les obstacles au développement et les réformes jugées nécessaires », a expliqué le chef de l'État de la RDC.
Les conclusions de ces consultations locales devront ensuite alimenter les assises nationales prévues à Kinshasa.
Deux ordonnances pour organiser le processus
Félix Tshisekedi a également annoncé la prochaine signature de deux ordonnances présidentielles.
La première créera un comité d'organisation chargé de préparer les aspects administratifs, logistiques et matériels du dialogue et de réunir les conditions nécessaires à sa tenue.
La seconde convoquera officiellement le dialogue et précisera les modalités de représentation des participants, les différentes étapes du processus ainsi que les mécanismes chargés du suivi de la mise en œuvre des recommandations qui en découleront.
Le président a indiqué que les travaux devront s'étendre sur une durée maximale de trois mois.
À l'issue des assises, un « pacte national » devrait être adopté et accompagné d'un mécanisme permanent de suivi des engagements pris.
Tshisekedi fixe ses lignes rouges
Le président congolais a également tenu à définir plusieurs limites qu'il considère comme non négociables.
Il a notamment insisté sur le fait que le dialogue ne devait pas être interprété comme un cadre de partage du pouvoir.
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l'État », a-t-il déclaré.
Félix Tshisekedi a aussi exclu toute remise en cause des institutions issues des élections de 2023 et insisté sur le maintien de l'ordre constitutionnel.
Autre ligne rouge : la participation des groupes armés.
« Nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques, de son appartenance politique, de son origine provinciale, de sa langue, de son ethnie ou de sa religion. Mais nul ne peut prétendre s'asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a affirmé le président.
Cette disposition exclut notamment les mouvements armés actifs dans l'est du pays, alors même que les négociations menées à Doha entre Kinshasa et l'AFC/M23 se poursuivent.
Le président a toutefois assuré que le dialogue national ne remplacerait pas les initiatives diplomatiques engagées sur le plan régional et international.
Claudel Lubaya parle d'un « rendez-vous manqué »
Parmi les premières réactions de l'opposition figure celle de Claudel Lubaya, membre de la plateforme Sauvons la RDC.
Dans un message publié sur le réseau social X, l'opposant s'est montré particulièrement critique à l'égard du discours présidentiel.
« Ni hauteur de vue, ni conscience de la gravité du moment, ni réponses à la mesure de la crise », a-t-il écrit.
L'ancien député estime que le chef de l'État n'a pas apporté les réponses attendues face aux défis auxquels le pays est confronté.
Dans une autre réaction, il a qualifié l'annonce présidentielle de « rendez-vous manqué avec l'histoire » et considéré que le dialogue proposé ne répondait pas aux attentes de nombreux Congolais.
Pour Claudel Lubaya, le problème dépasse la question de la participation de certains acteurs au processus.
« Le point de désaccord, c'est le fond. Ce n'est pas la forme », a-t-il déclaré dans des médias congolais.
L'opposant est allé plus loin en affirmant que le dialogue risquait davantage de servir la coalition au pouvoir que de créer un véritable espace de concertation nationale.
Christian Mwando doute de l'inclusivité
Le député et opposant Christian Mwando Nsimba, cadre du parti Ensemble pour la République, a également exprimé ses préoccupations.
Selon lui, le format présenté par le président Tshisekedi ne semble pas en mesure de résoudre la crise actuelle.
« Ce que propose le président Tshisekedi est une vaste kermesse qui ne va pas mettre un terme au conflit », a-t-il déclaré.
Christian Mwando s'interroge notamment sur l'absence du terme « inclusif » dans le discours du chef de l'État, alors que cette notion avait été régulièrement mise en avant dans les discussions précédentes sur un dialogue national.
L'opposant questionne également la coexistence entre ce nouveau cadre de concertation et le processus de Doha consacré aux discussions avec l'AFC/M23.
Jean-Claude Katende soutient certaines orientations
À l'inverse, Jean-Claude Katende, président de l'Association africaine de défense des droits de l'homme (ASADHO), a accueilli favorablement plusieurs éléments du discours présidentiel.
Dans un message publié sur X, l'avocat et défenseur des droits humains a notamment salué le refus d'un partage du pouvoir.
« Je souscris au discours du président Félix Tshisekedi sur le dialogue dans la mesure où il a clairement exclu tout partage du pouvoir », a-t-il écrit.
Jean-Claude Katende s'est également félicité de l'accent mis sur la participation citoyenne et sur les mécanismes destinés à assurer le suivi des résolutions qui seront adoptées.
Il a toutefois appelé à la vigilance.
« Je suis satisfait de l'intervention du président avec l'espoir que tout ce qu'il a dit sera observé et que ce n'est pas de la démagogie », a-t-il ajouté.
Un test politique pour le pouvoir
L'annonce de ce dialogue ouvre une nouvelle séquence politique dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale et à de nombreuses tensions politiques internes.
Pour le pouvoir, le défi consiste désormais à convaincre les forces politiques, la société civile et les différentes composantes du pays que ce processus peut produire des résultats concrets.
Pour l'opposition, la question reste de savoir si ce dialogue constituera un véritable cadre de concertation nationale ou une initiative principalement portée par le camp présidentiel.
Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi devraient permettre d'en savoir davantage sur la composition du comité préparatoire et sur les modalités précises de participation aux futures assises nationales.